London Œil

Sylviane Degunst


Changement de régime

Dans le tube qui me conduit à Cockforsters, je remarque une publicité pour Hitachi Personal Finance. Gros plan sur la tête ahurie d’une autruche dardant sur les usagés ses gros yeux aux longs cils. Le portrait est accompagné de cette légende : “An ostrich can outrun a horse”.

Ces jours-ci, c’est moi l’autruche et j’ai tout sauf la tête dans le sable ! Je commence d’ailleurs cette journée dans les arbres, à faire le singe à GoApe, Trent Park. Une publicité pour … Motus et bouche cousue.

Je suis partie équipée d’un harnais, d’une poulie, de trois mousquetons, d’un preneur de son, d’un cameraman, de deux compagnons de route et d’un instructeur au sol, le ventre à l’envers pour cinq parcours dans les airs de 9m à 16m.  J’ai cru renoncer vingt fois et suis arrivée les jambes flageolantes à la fin du parcours numéro 3 où, pendue à une tyrolienne, les pieds posés sur un skate, je glissai à une vitesse non raisonnable, tenant une petite caméra Go Pro à bout de bras gauche, essayant de sourire. On ne m’y reprendra pas.

À l’image de cette glissade sensée me faire battre le cœur (le mien se serait plutôt arrêté), ma vie de model s’est considérablement accélérée ce mois-ci.  Trois castings débouchant sur trois jobs.

Le prochain est pour Selfridges, le grand magasin sur Oxford Circus. Je serai habillée de grandes marques, très prout prout ma chère, chignon, make up, talons. Je tiendrai en laisse deux poodles géants et me promènerai au rayon beauté, l’air pimbêche à mort, suivie par mon chauffeur tenant mes achats inconsidérés. Une pile de grandes boîtes en carton nouées de bolducs siglés.

Serai-je plus à l’aise perchée sur des talons de 10cm devant une foule de spectateurs que dans les arbres à 10 mètres du sol devant trois personnes ?

Un œil, des yeux

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Un Cortado, petit cousin délicieux du latte, au Costa du Moorfield Eyes Hospital pour bien commencer la demi-journée d’inspection oculaire.

Cinq heures dans les murs de l’enceinte.

Quatre aller/retour au pipiroom.

Dix pages de “About a Boy” (Nick Hornby). Sans dico !

Une barre de Kit Kat au peanut butter, yummy yummy.

Une hôtesse d’accueil, deux médecins, trois nurses.

Trois étages, cinq salles, cinq appareils de mesure (champ visuel, tension de l’œil, fond d’œil, radio du nerf optique, photo du nerf optique), des dizaines de gouttes et autant de mouchoirs, une paire d’yeux jaunes aux pupilles dilatées. Black Eyed Peas.

Des centaines de Black Eyed Peas, patientes et patients, jeunes, vieux, hommes, femmes, enfants. À roulettes, à cannes, à pieds, à lunettes.

Je ne me souviens pas d’avoir été aussi bien traitée aux Quinze-Vingt à Paris. Tout le monde médical d’une douceur exemplaire pour chaque drop versée, chaque geste accompli, chaque question posée.

Soudain, une créature. On lui demande son avis, avec déférence. Elle est pressée, slightly agacée, bronzée, mince. Talons, montre Hermès, robe couture, lunettes Chanel. Elle se présente, me serre la main, m’ordonne d’ôter mes lunettes, les fait tomber avant de s’installer aux commandes, ne s’excuse pas, mâche du chewing-gum. Elle vérifie ce que l’interne a mesuré dans mes mirettes. Mes notes n’étant pas mirobolantes, elle griffe à la hâte un carton d’invitation pour dans six mois.

Doctor in chief. Pffff…

Elle ressemble à un médecin spécialiste du glaucome comme moi à une championne de natation.

C’était l’interlude du vendredi.

London Œil a 1 an aujourd’hui !

London Œil a 1 an aujourd’hui !

– Alors, t’as compris ? interroge le grizzli en appuyant fort sur le i.
– Y’a quelque chose à comprendre, je demande baissant d’un ton, respect des lieux oblige.
– Ben c’est une pute ! qu’il hurle.
– Rrrhooo, fait Brigitte, tais-toi un peu on entend que vous.

– Tu veux dire une call-girl ? Pour les gens de la haute plutôt ? poursuis-je.
– Oui, si tu veux, grogne Arnaud tournant sur lui-même comme un ours impatient qu’il est.
– Ou une concubine ? Quelqu’un d’éduqué ?
– Une geisha ou whatever, résume-t-il en agitant ses grandes mains.

Brigitte vient s’interposer et, m’adressant un sourire malicieux, glisse : “elle faisait beaucoup de shootings…”

– Elle a l’air si triste, ça me retourne le coeur, dit Arnaud passant du rire au drame avec aisance.
– On dirait qu’elle va se tuer avec le plastron de sa robe. Il est taillé en pointe comme une épée.
– Il était où ? demande subitement Brigitte en parlant du tableau d’à côté, Portrait of a Gentleman.
– Chez Getty, à Los Angeles.
– Et elle était au Louvre, fait Brigitte rêveuse. C’est sans doute la première fois, et la dernière aussi, qu’ils sont réunis ces deux-là…

Le noir de l’habit noir du gentleman. Soie, velours, fourrure, drap. Rien que du noir, noir sur noir et pourtant nous pouvons identifier chacune de ces étoffes.
– Soulages, dit Brigitte.

Ensuite, nous avons vu des pourpres, des vieux rose, des jaunes, des blancs, des bistres, des ors, des bleu céleste, des orangés.

Et le fameux vert ? me dis-je bien après coup. Retourner à la Tate Gallery pour regarder de plus près le vert Veronese auquel je n’ai même pas pensé ? £13 qu’est-ce que c’est ? Un sac, un pull ou un pantalon de plus au Charity shop d’Upper street ?

Ne manqueront que mes copains. Ils ne seront plus là, ces deux lettrés fantaisistes qui me racontent sur le ton de la plaisanterie, à moi qui ne sais apprécier un tableau que dans son esthétique, Le Rêve d’Hélène, La Tentation de Saint-Antoine, Persée et Andromède, Mars et Vénus, Le Martyr de Saint Georges…

Bon, ce matin, j’ai tout de même trouvé un pantalon de daim souple qui me va comme un gant. £10 dans un charity tout pourri près du Waitrose d’Angel. Un Dolce & Gabana quasi neuf.

Alors, Veronese ou Dolce & Gabbana ?

C’était l’interlude du vendredi.

Il y a des jours sans.
Le chat vous réveille avant la sonnerie (6.30 am) en sautant sur vos abdominaux. Puis il hurle à vos oreilles sensibles quelque chose que vous ne comprenez pas. Redescend en maugréant, lourdement, puis effectue un galop appuyé dans le couloir. Dans votre demi-conscience, vous reconnaissez immédiatement le bruit caractéristique, proche du rot de la ventouse dans la baignoire bouchée, du chat qui vomit.
Good Morning ! C’était l’interlude du vendredi.

Si Badinter voyait ça !

Ministre de la Justice sous François Mitterrand, Robert Badinter a obtenu, non sans mal (euphémisme) et comme chacun sait, l’abolition de la peine de mort. C’était en 1981. Au siècle dernier.
En 2014, sur une classe cosmopolite de 15 adultes, éduqués, majoritairement européens, 6 étudiants ont voté POUR la peine capitale. Parmi eux, un Italien, une Italienne, une Turque, une Bengali, une Espagnole, une Lituanienne. Leur moyenne d’âge ne dépasse pas 30 ans.
Le “débat” était d’autant plus nauséeux que leur vocabulaire était pauvre et leurs “arguments” misérables. 
Peter est un professeur démocrate. “Tout le monde a le droit d’exprimer son opinion, a-t-il dit calmement. Personne ne vous regarde.” Après le vote, il a rappelé, comme nous l’avions exposé – nous les CONTRE avions plus de vocabulaire ! Nous connaissions le mot “deterrent*” par exemple –, que les statistiques montraient clairement que les pays pratiquant encore la peine de mort ne voyaient pas leur taux de criminalité baisser. Parfois même au contraire. “Réfléchissez à cela” a-t-il conclu.

Personne ne vous regarde ? Si. Et, même si les choses ne sont pas aussi simplistes, je n’arrive plus à regarder justement Jurgita, si timide, si discrète, ni Christina, si solaire et amicale, ni Quintino, jovial et généreux de la même manière.
Pour Hanim en revanche, je le savais ! Les deux autres sont des nouveaux que j’observe, du coup, avec un irréversible a priori. C’est bête, je devrais plutôt aller “les z-y leur causer” comme dit mon copain Arnaud.

* Traduction pour maman : deterrent = dissuasif.

Si Badinter voyait ça !

Ministre de la Justice sous François Mitterrand, Robert Badinter a obtenu, non sans mal (euphémisme) et comme chacun sait, l’abolition de la peine de mort. C’était en 1981. Au siècle dernier.
En 2014, sur une classe cosmopolite de 15 adultes, éduqués, majoritairement européens, 6 étudiants ont voté POUR la peine capitale. Parmi eux, un Italien, une Italienne, une Turque, une Bengali, une Espagnole, une Lituanienne. Leur moyenne d’âge ne dépasse pas 30 ans.
Le “débat” était d’autant plus nauséeux que leur vocabulaire était pauvre et leurs “arguments” misérables.
Peter est un professeur démocrate. “Tout le monde a le droit d’exprimer son opinion, a-t-il dit calmement. Personne ne vous regarde.” Après le vote, il a rappelé, comme nous l’avions exposé – nous les CONTRE avions plus de vocabulaire ! Nous connaissions le mot “deterrent*” par exemple –, que les statistiques montraient clairement que les pays pratiquant encore la peine de mort ne voyaient pas leur taux de criminalité baisser. Parfois même au contraire. “Réfléchissez à cela” a-t-il conclu.

Personne ne vous regarde ? Si. Et, même si les choses ne sont pas aussi simplistes, je n’arrive plus à regarder justement Jurgita, si timide, si discrète, ni Christina, si solaire et amicale, ni Quintino, jovial et généreux de la même manière.
Pour Hanim en revanche, je le savais ! Les deux autres sont des nouveaux que j’observe, du coup, avec un irréversible a priori. C’est bête, je devrais plutôt aller “les z-y leur causer” comme dit mon copain Arnaud.

* Traduction pour maman : deterrent = dissuasif.

Jade Jagger habite mon quartier. Je l’ai rencontrée dimanche dernier dans mon café-boulange-épicerie préféré, The De Beauvoir Deli. Elle était avec sa fille. Elles prenaient toutes les deux un breakfast en terrasse. Je ne les aurais pas reconnues si je n’avais été une midinette le nez plus souvent dans les magazines féminins que dans The Economist. Je ne les aurais pas reconnues si je n’avais pas vu leur état avancé de grossesse à toutes les deux. La mère et la fille, enceintes, en même temps et, à vue d’œil, au même terme.

Elles vont réussir à faire mieux (ou pire) que ma grand-mère paternelle qui a eu quatre enfants au rythme d’un tous les sept ans. Quand elle a eu son petit dernier, son fils aîné devenait père à son tour. Ce qui engendre donc un oncle et un neveu du même âge.

Dans la famille Jagger, Mick va donc devenir d’un coup d’un seul, grand-père et arrière grand-père. En plus d’être veuf. What a terrible mess.

C’était l’interlude du vendredi.

*Copyright David Bailey.

Faces. 
Notre classe a changé de figures.

Hyatt, Érythréenne trentenaire, mère de cinq enfants dont le dernier de 2 ans. À Londres depuis plus de dix ans.
Samira, Érythréenne quadra, mère de deux enfants dont un fils de 19 ans (réfugié au Soudan pour échapper à l’armée) et une fille de 4 ans souffrant de crises d’asthme. À Londres depuis quatre ans. 
Yuniz, Péruvienne quinqua, ne connaissant pas son âge exact, mère de trois filles adultes. À Londres depuis huit ans. 
Toutes les trois ont raté leur examen écrit. Celui qui nous donne le droit, à nous, les dix autres venus d’Italie, de Turquie, d’Albanie, de Lithuanie, de Colombie et de France d’embrayer sur un deuxième semestre. 
L’aplomb, les tenues flamboyantes et le beau visage de Samira manquent dans le paysage de la classe. Lors des examens, elle a passé plusieurs nuits à l’hôpital auprès de sa fille. 

Pour ses trois femmes, tout était plus compliqué. Les deux premières, bien que parlant mieux l’anglais que la plupart d’entre nous, l’écrivaient avec d’énormes difficultés, ayant dû emmagasiner un nouvel alphabet. Quant à Yuniz, elle travaillait sept jours sur sept dans un hôpital et paraissait épuisée.

D’autres étudiants les ont remplacées. Quintino et Mekta, Italiens ; Christina et Angela, Espagnoles ; Luali, Cubain. Le niveau de ce second semestre a monté d’un cran*. Il n’est plus question de cours pour les étrangers (le gouvernement ne voulant plus payer pour nous) mais de cours s’adressant à des Anglais “comme tout le monde”. C’est donc comme tous les teenagers que nous croisons dans le couloir et à la cafétéria que nous aborderons les grandes questions. 
Hier matin, Peter, nous a lancé sur un terrain glissant : pour ou contre la peine de mort. 

À nos âges (de 21 à 55 ans), on peut imaginer que chacun à son idée sur la question. Mais un panier de mots basiques pour exprimer des opinions nuancées avec courtoisie (fairplay anglais oblige), c’est un peu court.

Notre chevronné teacher a un truc super efficace pour nous faire avaler du vocabulaire, les mots croisés en tandem. L’un fait deviner à l’autre les mots qui manquent à sa grille et vice-versa. Quand la grille est pleine et chaque mot compris à l’aide du Cambridge dictionary, on passe deux par deux au tableau électronique. L’un est assis dos à l’écran et l’autre doit lui faire deviner le mot projeté. C’est chronométré et noté par équipe. Très vite, l’excitation est proche de celle d’une classe de maternelle grande section une heure avant la sonnerie. Le vocabulaire d’hier n’incitait pourtant pas à la rigolade ! Death penalty, miscarriage of justice, forgery, parjery, lethal injection, fingerprint, criminal, murder, punishment, trial, verdict, manslaughter, prison, arson, rape et j’en passe. Ah ça, on va bien se marrer pour le débat… 
*Nous autres étrangers, allons devoir gober en quatre mois, le programme que des étudiants anglais acquièrent en un an.

Faces.
Notre classe a changé de figures.

Hyatt, Érythréenne trentenaire, mère de cinq enfants dont le dernier de 2 ans. À Londres depuis plus de dix ans.
Samira, Érythréenne quadra, mère de deux enfants dont un fils de 19 ans (réfugié au Soudan pour échapper à l’armée) et une fille de 4 ans souffrant de crises d’asthme. À Londres depuis quatre ans.
Yuniz, Péruvienne quinqua, ne connaissant pas son âge exact, mère de trois filles adultes. À Londres depuis huit ans.
Toutes les trois ont raté leur examen écrit. Celui qui nous donne le droit, à nous, les dix autres venus d’Italie, de Turquie, d’Albanie, de Lithuanie, de Colombie et de France d’embrayer sur un deuxième semestre.
L’aplomb, les tenues flamboyantes et le beau visage de Samira manquent dans le paysage de la classe. Lors des examens, elle a passé plusieurs nuits à l’hôpital auprès de sa fille.

Pour ses trois femmes, tout était plus compliqué. Les deux premières, bien que parlant mieux l’anglais que la plupart d’entre nous, l’écrivaient avec d’énormes difficultés, ayant dû emmagasiner un nouvel alphabet. Quant à Yuniz, elle travaillait sept jours sur sept dans un hôpital et paraissait épuisée.

D’autres étudiants les ont remplacées. Quintino et Mekta, Italiens ; Christina et Angela, Espagnoles ; Luali, Cubain. Le niveau de ce second semestre a monté d’un cran*. Il n’est plus question de cours pour les étrangers (le gouvernement ne voulant plus payer pour nous) mais de cours s’adressant à des Anglais “comme tout le monde”. C’est donc comme tous les teenagers que nous croisons dans le couloir et à la cafétéria que nous aborderons les grandes questions.
Hier matin, Peter, nous a lancé sur un terrain glissant : pour ou contre la peine de mort.

À nos âges (de 21 à 55 ans), on peut imaginer que chacun à son idée sur la question. Mais un panier de mots basiques pour exprimer des opinions nuancées avec courtoisie (fairplay anglais oblige), c’est un peu court.

Notre chevronné teacher a un truc super efficace pour nous faire avaler du vocabulaire, les mots croisés en tandem. L’un fait deviner à l’autre les mots qui manquent à sa grille et vice-versa. Quand la grille est pleine et chaque mot compris à l’aide du Cambridge dictionary, on passe deux par deux au tableau électronique. L’un est assis dos à l’écran et l’autre doit lui faire deviner le mot projeté. C’est chronométré et noté par équipe. Très vite, l’excitation est proche de celle d’une classe de maternelle grande section une heure avant la sonnerie. Le vocabulaire d’hier n’incitait pourtant pas à la rigolade ! Death penalty, miscarriage of justice, forgery, parjery, lethal injection, fingerprint, criminal, murder, punishment, trial, verdict, manslaughter, prison, arson, rape et j’en passe. Ah ça, on va bien se marrer pour le débat…

*Nous autres étrangers, allons devoir gober en quatre mois, le programme que des étudiants anglais acquièrent en un an.

L’interlude du vendredi.

Hier avec Zoé, nous déjeunions chez The Place. 
Un minuscule café cosy-branché de cinq tables à peine sur Canonbury Place. Nous occupions l’unique grande table, dos à la fenêtre, face à la “scène” et observions en douce (enfin, il paraît que je ne suis pas discrète) un couple de quarantenaires un peu show off*. Lui, roux, fin, long, casual, casque high tech sur les oreilles, lap-top ouvert devant lui, notait sur un cahier ce qui ressemblait à un story-board. Elle, lunettes de soleil (il ne fait pas spécialement lumineux dans ce café), longue chevelure châtain méchée de blond bien entretenue, tenait conversation, portable collée à l’oreille. J’avais tout de suite noté le botox qui ourlait un peu irrégulièrement ses lèvres. Mais bon, cette manie de se faire des chambres à air à la place des bouches, on y est habitué …

Le plus inhabituel, pour nous Françaises, c’est l’alliance tongs + doudoune. Attention, pas n’importe quelles tongs, des Havainas (ici, bleu marine nacré à fines brides), et pas n’importe quelle doudoune non plus. Marque non identifiée mais visiblement chic et chère, même si ça n’est pas mon goût la manche pagode sur un anorak. Une ex-skieuse comme moi, trouve cette fantaisie antinomique. Le poignet d’une puffa (doudoune in english) doit empêcher tout froid (neige, blizzard, glaçons) de s’engouffrer.

J’ai souvent remarqué ce mariage chaud-froid chez les Anglaises. Au cœur de l’hiver, elles sont  pieds nus dans des ballerines. Mais la tong+doudoune, c’est une étape supérieure. C’est l’english woman branchée-friquée-model-actrice qui s’y essaye – nous hésitions entre l’actrice inconnue (de nous) ou mi-connue (de tous). Le pied parfaitement “manucuré” cela va sans dire. 

Quand on y pense, tongs+doudoune, c’est le pendant de Ugg+robette. Ces femmes-là veulent tout en même temps. Plus de frontières, plus de saisons. La plage et les sports d’hiver en une seule tenue. 

En ce qui me concerne, comme les températures se sont adoucies, j’ai ressorti ma doudoune de printemps Uniqlo, bleu nuit à pois blancs (£29.90). Mes tongs, je les porte à la piscine. 


*traduction pour maman : “m’as-tu vu”

L’interlude du vendredi.

Hier avec Zoé, nous déjeunions chez The Place.
Un minuscule café cosy-branché de cinq tables à peine sur Canonbury Place. Nous occupions l’unique grande table, dos à la fenêtre, face à la “scène” et observions en douce (enfin, il paraît que je ne suis pas discrète) un couple de quarantenaires un peu show off*. Lui, roux, fin, long, casual, casque high tech sur les oreilles, lap-top ouvert devant lui, notait sur un cahier ce qui ressemblait à un story-board. Elle, lunettes de soleil (il ne fait pas spécialement lumineux dans ce café), longue chevelure châtain méchée de blond bien entretenue, tenait conversation, portable collée à l’oreille. J’avais tout de suite noté le botox qui ourlait un peu irrégulièrement ses lèvres. Mais bon, cette manie de se faire des chambres à air à la place des bouches, on y est habitué …

Le plus inhabituel, pour nous Françaises, c’est l’alliance tongs + doudoune. Attention, pas n’importe quelles tongs, des Havainas (ici, bleu marine nacré à fines brides), et pas n’importe quelle doudoune non plus. Marque non identifiée mais visiblement chic et chère, même si ça n’est pas mon goût la manche pagode sur un anorak. Une ex-skieuse comme moi, trouve cette fantaisie antinomique. Le poignet d’une puffa (doudoune in english) doit empêcher tout froid (neige, blizzard, glaçons) de s’engouffrer.

J’ai souvent remarqué ce mariage chaud-froid chez les Anglaises. Au cœur de l’hiver, elles sont pieds nus dans des ballerines. Mais la tong+doudoune, c’est une étape supérieure. C’est l’english woman branchée-friquée-model-actrice qui s’y essaye – nous hésitions entre l’actrice inconnue (de nous) ou mi-connue (de tous). Le pied parfaitement “manucuré” cela va sans dire.

Quand on y pense, tongs+doudoune, c’est le pendant de Ugg+robette. Ces femmes-là veulent tout en même temps. Plus de frontières, plus de saisons. La plage et les sports d’hiver en une seule tenue.

En ce qui me concerne, comme les températures se sont adoucies, j’ai ressorti ma doudoune de printemps Uniqlo, bleu nuit à pois blancs (£29.90). Mes tongs, je les porte à la piscine.


*traduction pour maman : “m’as-tu vu”

The butcher, the worker and the waitress… attendant le compte à rebours.

The butcher, the worker and the waitress… attendant le compte à rebours.