London Œil

Sylviane Degunst


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Charity Shops, une histoire sans fin… THEFARAWORK* shop, une histoire qui débute.

Je me croyais maligne, mais pas tant que Fara, jolie brunette curly tatouée. Cela fait longtemps que je customize. C’est de famille. Ma mère et moi sommes douées pour repérer des pièces à potentiel (pour parler platement) dans les Emmaüs de province et en faire, n’ayons pas peur des mots, des trésors. Mais nous créons chacune pour soi.

Fara, elle, a ouvert une boutique-atelier. Le principe est le suivant : 

You donate - we make - you shop. 

C’est à dire que, d’un vieux pull et d’un tablier fleuri, sortira, une robe unique. Par la grâce de son esprit imaginatif et de ses petites mains. Les siennes comme celles de ses couturières. Sa boutique est spacieuse, claire et ses vêtements sont astucieux. Attention, ça ne fait pas DU TOUT  bricolage ! Même si certains sont originaux, ils sont impeccablement finis. L’envers comme l’endroit. 

Sinon, sur le chemin des courses, les vitales (remplissage de frigo), je me suis arrêtée cinq minutes au Charity shop de Chapel Market. Le temps d’être saisie par un velours crème fraîche. J’inspecte, sévèrement. Mais oui, c’est bien cela : un flare, neuf, en velours côtelé blanc cassé, poches plaquées au derrière… Ralph Lauren. £5. Si si, cinq pounds !

J’étais tellement pressée de l’enfiler pour toujours que je l’ai échangé, sur place, contre la jupe en cuir que je portais ce matin-là, achetée 3€ en 2011 aux Emmaüs de Grasse. Aucun regret. 

Bon, chez Fara, les prix ne sont pas les mêmes. Autour de £50. Mais il s’agit d’art.

C’était l’interlude du vendredi.

*28-32 Pentonville Road, London N1 9HJ

L’autre soir j’ai failli partir avant la fin. Nina nous avait parqués dans la computers room où il faisait chaud comme dans une couveuse. Pendant que nous faisions des exercices en ligne, elle prenait chacun de nous à part, dans une salle adjacente, pour notre premier Individual Tutorial de l’année. 
Je craignais un AVC. A cause de cette chaleur et de mon exaspération grandissante. Je me disais : “Peter restait avec nous au moins !” Nous avions toujours l’impression d’être soutenus, guidés, “aimés”. Bon, c’est sans doute cela grandir. Dans une langue étrangère aussi. Nous avons de moins en moins besoin d’un maître.
J’ai tenu jusqu’au bout et, sur le chemin du retour, marchant d’un bon pas dans le noir (une heure à pied door to door sur Petherton Road déserte et faiblement éclairée), je me disais qu’au moins, ces cours d’anglais me faisaient faire du sport. J’avais un peu la trouille de rencontrer une mauvais âme mais j’ai croisé un beau renard qui m’a souri timidement.
Mais voilà, hier soir, Nina s’est magistralement rattrapée et nous a donné trois heures de régal linguistique. Comme nous avions bien travaillé, elle nous a fait écouter une chanson* pour la fin. Sur la feuille distribuée à chacun, les paroles étaient écrites mais pas toutes. Il fallait remplir les gaps bien sûr. Nous avons eu droit à deux écoutes. La deuxième, avec la vidéo projetée sur le tableau numérique.
Là où j’entendais, indistinctement à cause d’un fort accent américain et de ma surdité naissante :
Born in California/Born in Buffalo/Born in the Kansas City/ …
Il fallait comprendre :
Wanted man in California/Wanted man in Buffalo/Wanted man in…
Bref, même si je commence à lire Virginia Woolf dans le texte sans trop de voyages in the dictionary, capter les voix, les accents, les mots, c’est pas gagné.
C’était L’interlude du vendredi.
*Wanted Man, Johnny Cash. Lors de son concert, le 24 février, dans la prison de Saint Quentin, Californie. Une prison où l’on pratique encore la peine de mort.

L’autre soir j’ai failli partir avant la fin. Nina nous avait parqués dans la computers room où il faisait chaud comme dans une couveuse. Pendant que nous faisions des exercices en ligne, elle prenait chacun de nous à part, dans une salle adjacente, pour notre premier Individual Tutorial de l’année.

Je craignais un AVC. A cause de cette chaleur et de mon exaspération grandissante. Je me disais : “Peter restait avec nous au moins !” Nous avions toujours l’impression d’être soutenus, guidés, “aimés”. Bon, c’est sans doute cela grandir. Dans une langue étrangère aussi. Nous avons de moins en moins besoin d’un maître.

J’ai tenu jusqu’au bout et, sur le chemin du retour, marchant d’un bon pas dans le noir (une heure à pied door to door sur Petherton Road déserte et faiblement éclairée), je me disais qu’au moins, ces cours d’anglais me faisaient faire du sport. J’avais un peu la trouille de rencontrer une mauvais âme mais j’ai croisé un beau renard qui m’a souri timidement.

Mais voilà, hier soir, Nina s’est magistralement rattrapée et nous a donné trois heures de régal linguistique. Comme nous avions bien travaillé, elle nous a fait écouter une chanson* pour la fin. Sur la feuille distribuée à chacun, les paroles étaient écrites mais pas toutes. Il fallait remplir les gaps bien sûr. Nous avons eu droit à deux écoutes. La deuxième, avec la vidéo projetée sur le tableau numérique.

Là où j’entendais, indistinctement à cause d’un fort accent américain et de ma surdité naissante :

Born in California/Born in Buffalo/Born in the Kansas City/ …

Il fallait comprendre :

Wanted man in California/Wanted man in Buffalo/Wanted man in…

Bref, même si je commence à lire Virginia Woolf dans le texte sans trop de voyages in the dictionary, capter les voix, les accents, les mots, c’est pas gagné.

C’était L’interlude du vendredi.

*Wanted Man, Johnny Cash. Lors de son concert, le 24 février, dans la prison de Saint Quentin, Californie. Une prison où l’on pratique encore la peine de mort.

Est-ce possible d’oublier tout d’un lieu en un peu moins de quatre décennies ? A peine un battement de cil à l’échelle des étoiles.

Après le bac, Clément Lecaillez, Alain Marjak et moi étions allés camper sur les hauteurs d’Edimbourg. C’est beau Edimbourg, entouré de ses collines volcaniques. C’est surtout très particulier dans sa configuration rectiligne, sur trois étages. Ville neuve, vieille ville et château tout là-haut. 

Rien. Rien en tête, pas un seul motif de Tartan, ni même le goût du shortbread, encore moins celui de la bière ou du whisky que je ne buvais et ne bois toujours pas. Il faut dire qu’à l’époque, pas un kopeck. Ce qui réduit beaucoup les centres d’intérêt. Ou plutôt les réduit à l’essentiel : manger.

Nous étions arrivés en plein festival de musique, sous la pluie qui ne cessa pas de toute notre semaine de vacances. La moitié de notre budget fut absorbée en deux nuits de Bed & Breakfast dont seul mon nez se souvient, à cause de l’odeur de baskets et de pulls mouillés.

Nous avions mis notre argent en commun et les garçons avaient cédé à l’un de mes caprices : un petit mouton beige à tête noire en pure laine, dont j’étais tombée raide dingue (je l’ai toujours). Cela ne nous nourrissait pas et comme nous étions encore en pleine croissance, dormions dehors et par conséquent brûlions nos calories à toute berzingue, il avait bien fallu chouraver notre becquetance.

A la caisse, nous avions pris l’habitude de payer notre pain tranché carré. Seulement voilà, à cause de cette fichue pluie, la poche ventrale de mon K-Way orange était devenue transparente, sans parler de son aspect étrangement bombé. Nous avions été conduits tous trois, têtes basses, dans le bureau du manager dont la baie vitrée surplombait tout le magasin. Ma main, tremblante et honteuse, avait extirpé de la poche Kangourou, un bloc de cheddar, une plaque de chocolat Cadbury, une orange. Les garçons avaient dû vider leurs poches également. Peanut butter, raisins secs, crispy bacon. Nous fûmes sermonnés et la plus haute punition fut de devoir laisser là toutes ces victuailles merveilleuses.

Ce souvenir, douloureux sur le moment mais qui nous fit rire une fois rentrés chez papa maman et le ventre rassasié, avait dû éclipser tous les autres. Enfin non, Je me souviens de concerts dans les parcs où l’on vous distribuait gracieusement des mugs (en faïence crème !) de thé au lait mais pas le moindre son de cornemuse. 

C’est avec l’homme mystérieux le week-end dernier que je suis allée à la recherche de mes souvenirs d’adolescente affamée. J’ai tout redécouvert. Y compris le son du “biniou” dont mes oreilles se seraient bien passées. Ville austère, cossue et toujours dans le Royaume Uni ! Quelques drapeaux YES flottaient encore aux fenêtres et nous avons assisté par curiosité à une manifestation d’indépendantistes devant le Parlement écossais. Hier dans Time Out, j’ai lu une interview de David Byrne des Talkings Heads. “My heart says yes… but I’m not sure it’s the right time for them financially”. Tu l’as dit !

Nos finances de cinquantenaires ce week-end furent assez confortables pour nous offrir une jolie chambre dans un ancien hôtel particulier. La pièce était vraiment chouette avec vue sur les toits de tuiles rousses et les parcs étagés jusqu’à l’estuaire.

"Tiens, m’a dit mon prince qui aime faire des photos, tu vas sortir de la salle de bains en courant et sauter sur le lit." Après trois essais ratés, j’ai proposé un fosbury flop. "Fait gaffe à ta tête quand même."

Une semaine après, je me remets à peine d’un violent torticolis. Mais la photo est canon.

C’était l’interlude du vendredi.

Peter vs Nina
On ne devrait jamais comparer. 
Bon, Peter était très stricte. 
Il avait exigé un classeur (je n’aime pas. Je préfère de loin les cahiers). Avec des intercalaires pour bien organiser l’affaire.
On ne parlait pas pendant que lui-même parlait (pour des raisons évidentes).
On ne lui tournait pas le dos. C’était parfois difficile à cause de la disposition des tables et des deux tableaux (le numérique et le normal) et de Peter qui passait de l’un à l’autre en permanence (mais c’était bon pour le twist de la colonne vertébrale et notre éveil).
On prenait la parole chacun notre tour (Hands up!) pour les mêmes raisons évidentes. Ai-je besoin de préciser ? Quand personne ne parle la même langue et que tout le monde apprend la même, ici l’anglais, vaut mieux prendre la parole à tour de rôle sinon : CACOPHONIE !
On ne somnolait pas (ça ne risquait pas d’arriver avec Peter). Tout le monde devait PARTICIPER. Chacun et chacune, toujours à 100%. 3 matinées par semaine, 15 étudiants, 3 heures de cours, 15mn de pause. On faisait et rendait ses devoirs en temps et en heure.
On n’arrivait pas en retard. On ne manquait pas. 3 ou 4 absences autorisées dans l’année, pour raisons professionnelles, de santé… ou de mort. Mort subite of course. Une mort lente n’est pas un empêchement.
Obviously, cell phones switch off…
Chewing gums interdits.
J’ai l’air de décrire un tortionnaire. Que non ! Drôle, chaleureux, efficace, passionné, tel est Peter et tel tous l’adorions.
Nina, elle, est plus… comment dire ? Laid back. Ce qui ne l’empêche pas d’être très énergique, dans la voix, la gestuelle et la façon qu’elle a de mâcher, très bruyamment, son chewing-gum, pendant qu’elle délivre son cours.
Avec Jurgita, on s’est regardé direct. Pas besoin de dire à qui on pensait.
C’était l’interlude du vendredi.
PS : comme Nina n’a émis aucune exigence concernant le matériel, je me suis jetée sur un cahier fantaisie. On ne se refait pas. 

Peter vs Nina

On ne devrait jamais comparer. 

Bon, Peter était très stricte. 

Il avait exigé un classeur (je n’aime pas. Je préfère de loin les cahiers). Avec des intercalaires pour bien organiser l’affaire.

On ne parlait pas pendant que lui-même parlait (pour des raisons évidentes).

On ne lui tournait pas le dos. C’était parfois difficile à cause de la disposition des tables et des deux tableaux (le numérique et le normal) et de Peter qui passait de l’un à l’autre en permanence (mais c’était bon pour le twist de la colonne vertébrale et notre éveil).

On prenait la parole chacun notre tour (Hands up!) pour les mêmes raisons évidentes. Ai-je besoin de préciser ? Quand personne ne parle la même langue et que tout le monde apprend la même, ici l’anglais, vaut mieux prendre la parole à tour de rôle sinon : CACOPHONIE !

On ne somnolait pas (ça ne risquait pas d’arriver avec Peter). Tout le monde devait PARTICIPER. Chacun et chacune, toujours à 100%. 3 matinées par semaine, 15 étudiants, 3 heures de cours, 15mn de pause. On faisait et rendait ses devoirs en temps et en heure.

On n’arrivait pas en retard. On ne manquait pas. 3 ou 4 absences autorisées dans l’année, pour raisons professionnelles, de santé… ou de mort. Mort subite of course. Une mort lente n’est pas un empêchement.

Obviously, cell phones switch off…

Chewing gums interdits.

J’ai l’air de décrire un tortionnaire. Que non ! Drôle, chaleureux, efficace, passionné, tel est Peter et tel tous l’adorions.

Nina, elle, est plus… comment dire ? Laid back. Ce qui ne l’empêche pas d’être très énergique, dans la voix, la gestuelle et la façon qu’elle a de mâcher, très bruyamment, son chewing-gum, pendant qu’elle délivre son cours.

Avec Jurgita, on s’est regardé direct. Pas besoin de dire à qui on pensait.

C’était l’interlude du vendredi.

PS : comme Nina n’a émis aucune exigence concernant le matériel, je me suis jetée sur un cahier fantaisie. On ne se refait pas. 

Instagram, pic et pic et collée grave !
Tout le monde ne rêve pas d’avoir sa photo dans le journal. Moi si. Je ne demande pas forcément la couv’, mais le ventre comme on disait dans les années 90 pour parler du cœur du sommaire.
Si je suis tombée, jusqu’à la déraison dans la marmite Instagram, c’est en partie pour cette raison. Or, je n’en connaissais pas l’existence il y a de cela pas même un an. Je me souviens très bien du moment où ma fille, venant de shooter la vitrine de After Noah, m’invita à choisir un filtre.
– Look, me dit-elle en faisant dérouler le ruban de montgolfières (normal, amaro, mayfair, Lo-fi, earlbird, Nashville, comme j’adore ces noms my godness…), c’est mieux comment à ton avis ?
Nous étions un vendredi sur Upper street, je fus interdite. 
Et c’est ainsi que j’arrivai, avec trois ans de retard (Wiki me dit qu’Instagram existe depuis le 6 octobre 2010, la naissance de Lisa tiens ! Dont la maman crée des images formidables uniquement avec un crayon à papier), dans la course aux images moi aussi.
J’ai rattrapé mon retard. 973 publications en 11 mois.  Au point d’exaspérer ma fille qui poste peu mais bien et l’homme mystérieux qui n’a pas de compte Instagram ni d’i-phone et se fiche pas mal de tout ce binz et ce buzz.
Non, si j’ai ouvert un compte, ça n’est pas pour l’inonder de selfies (quoique je ne résiste pas à l’appel de Narcisse et poste régulièrement des portraits de moi, mais pris par d’autres et avec filtres avantageux. Passons), mais dans l’espoir naïf de faire publier mes écrits, illustrés de MES photos. Faire comme ma Colombe Linotte et son merveilleux Le Mystère de la Chaussette orpheline, tumblr devenu livre imprimé. 
Parfois, j’ai envie de TOUT arrêter. Quand je me surprends, dès potron minet, n’ayant pas encore posé le pied à terre et en l’absence de l’homme  déjà en préparation petit-déj’, à dérouler fébrilement mon ruban d’images. Celles des autres, mes cœurs et mes commentaires, ceux que je donne et ceux que je reçois. Aaaaah doux moment… mais est-ce tout à fait “normal” d’être accro dès le réveil ?
Qu’une copine insta (seulement trois hommes dans ceux que je me suis choisis contre quarante quatre femmes) viennent à ne pas liker (comme je hais ce langage idiot) une de mes photos, je me sens immédiatement délaissée. Inexistante.
J’aime leurs pseudos. Fasilol, la seule que j’ai rencontrée pour de vrai (je ne compte pas celles que je connaissais avant en personne, amies ou collègues), girlshaveperiods (formidable culot que de choisir un tel nom !), missadeparis, sophievertigo, rayray_bm, balibulle, chaoplumes, lafemmedegeorge (si c’est pas génial ?!) et zoedoz pour ne citer qu’elles, mes chéries IG.
Si je ne tiens pas à m’abonner à des centaines de photographeuses, c’est parce que j’aime trop les images justement et que je veux bien les regarder, avec le même sérieux, la même curiosité et le même plaisir que j’y prenais quand j’en choisissais des “vraies” pour l’édition. Métier qui me manque tant. Car finalement, poster des images et les légender, c’est faire sa petite cuisine éditoriale personnelle. 
They try to make me go on rehab and I say
NO NO NO !
C’était l’interlude du vendredi.

Instagram, pic et pic et collée grave !

Tout le monde ne rêve pas d’avoir sa photo dans le journal. Moi si. Je ne demande pas forcément la couv’, mais le ventre comme on disait dans les années 90 pour parler du cœur du sommaire.

Si je suis tombée, jusqu’à la déraison dans la marmite Instagram, c’est en partie pour cette raison. Or, je n’en connaissais pas l’existence il y a de cela pas même un an. Je me souviens très bien du moment où ma fille, venant de shooter la vitrine de After Noah, m’invita à choisir un filtre.

– Look, me dit-elle en faisant dérouler le ruban de montgolfières (normal, amaro, mayfair, Lo-fi, earlbird, Nashville, comme j’adore ces noms my godness…), c’est mieux comment à ton avis ?

Nous étions un vendredi sur Upper street, je fus interdite. 

Et c’est ainsi que j’arrivai, avec trois ans de retard (Wiki me dit qu’Instagram existe depuis le 6 octobre 2010, la naissance de Lisa tiens ! Dont la maman crée des images formidables uniquement avec un crayon à papier), dans la course aux images moi aussi.

J’ai rattrapé mon retard. 973 publications en 11 mois.  Au point d’exaspérer ma fille qui poste peu mais bien et l’homme mystérieux qui n’a pas de compte Instagram ni d’i-phone et se fiche pas mal de tout ce binz et ce buzz.

Non, si j’ai ouvert un compte, ça n’est pas pour l’inonder de selfies (quoique je ne résiste pas à l’appel de Narcisse et poste régulièrement des portraits de moi, mais pris par d’autres et avec filtres avantageux. Passons), mais dans l’espoir naïf de faire publier mes écrits, illustrés de MES photos. Faire comme ma Colombe Linotte et son merveilleux Le Mystère de la Chaussette orpheline, tumblr devenu livre imprimé

Parfois, j’ai envie de TOUT arrêter. Quand je me surprends, dès potron minet, n’ayant pas encore posé le pied à terre et en l’absence de l’homme  déjà en préparation petit-déj’, à dérouler fébrilement mon ruban d’images. Celles des autres, mes cœurs et mes commentaires, ceux que je donne et ceux que je reçois. Aaaaah doux moment… mais est-ce tout à fait “normal” d’être accro dès le réveil ?

Qu’une copine insta (seulement trois hommes dans ceux que je me suis choisis contre quarante quatre femmes) viennent à ne pas liker (comme je hais ce langage idiot) une de mes photos, je me sens immédiatement délaissée. Inexistante.

J’aime leurs pseudos. Fasilol, la seule que j’ai rencontrée pour de vrai (je ne compte pas celles que je connaissais avant en personne, amies ou collègues), girlshaveperiods (formidable culot que de choisir un tel nom !), missadeparis, sophievertigo, rayray_bm, balibulle, chaoplumes, lafemmedegeorge (si c’est pas génial ?!) et zoedoz pour ne citer qu’elles, mes chéries IG.

Si je ne tiens pas à m’abonner à des centaines de photographeuses, c’est parce que j’aime trop les images justement et que je veux bien les regarder, avec le même sérieux, la même curiosité et le même plaisir que j’y prenais quand j’en choisissais des “vraies” pour l’édition. Métier qui me manque tant. Car finalement, poster des images et les légender, c’est faire sa petite cuisine éditoriale personnelle. 

They try to make me go on rehab and I say

NO NO NO !

C’était l’interlude du vendredi.

Violette & Paulo dans les champs de Sologne. Avant ma naissance.
Dans le train qui me conduit vers mes parents je m’interroge douloureusement. Dans quelle position vais-je trouver papa ? Assis ? En accordéon (selon l’expression de maman) ? En colère ? Maussade ? Fatigué ? Joyeux ? Il lui arrive d’être très drôle. À nous faire exploser de rire et alors, j’aperçois l’imperceptible sourire en coin, signe de la plus haute jubilation intérieure de mon papa-gendarme.
Gendarme n’est pas son métier, plutôt son état d’esprit. Et si l’on veut être plus précis (difficile à cerner cependant), on pourrait ajouter cette contradiction : en révolution permanente. Gendarme révolutionnaire.
Il a été un mécanicien aux doigts d’or que ses collègues, amis et patrons du port de Dunkerque s’arrachaient pour des réparations allant de la voiture, à la moto et de la tondeuse à l’horloge.
J’aimerais qu’il arrête de conduire mais c’est signer sa mort. De toute sa vie de motard et d’automobiliste, il n’a jamais eu d’accident, mais, une fois au volant, je ne sais quel démon l’aiguillonne pour le mettre hors de lui à ce point.
"Connard !" siffle-t-il entre ses dents au conducteur démarrant un peu lentement au feu vert. "Dormiole va !"
"Connasse ! tempête-t-il sans qu’on ait vu venir l’embrouille, t’as eu ton permis dans un paquet de Bonux ?!" Coups de klaxon, approche serrée au cul de la voiture pour paniquer davantage la pauvre jeune-fille qui n’a pas mis son clignotant suffisamment tôt.
Parfois, papa est trop fatigué et autorise maman à conduire. C’est pire. Non pas que Violette conduise mal non, mais la colère de Paulo gronde alors davantage, explose telle un coup de tonnerre, au moindre écart de conduite (écart se limitant à une hésitation par-ci, un ralentissement par-là ) et nous laisse tremblantes et mutiques comme deux petites filles que nous ne sommes plus depuis longtemps.
J’ai trouvé mon papa debout, sur le quai de la gare, m’apercevant le premier à travers la porte vitrée du train, levant le bras en guise de bienvenue. Je ne l’avais pas vu depuis le 31 janvier, jour de ses 80 ans. Ce que c’est que d’habiter loin…
C’était l’interlude du vendredi. 

Violette & Paulo dans les champs de Sologne. Avant ma naissance.

Dans le train qui me conduit vers mes parents je m’interroge douloureusement. Dans quelle position vais-je trouver papa ? Assis ? En accordéon (selon l’expression de maman) ? En colère ? Maussade ? Fatigué ? Joyeux ? Il lui arrive d’être très drôle. À nous faire exploser de rire et alors, j’aperçois l’imperceptible sourire en coin, signe de la plus haute jubilation intérieure de mon papa-gendarme.

Gendarme n’est pas son métier, plutôt son état d’esprit. Et si l’on veut être plus précis (difficile à cerner cependant), on pourrait ajouter cette contradiction : en révolution permanente. Gendarme révolutionnaire.

Il a été un mécanicien aux doigts d’or que ses collègues, amis et patrons du port de Dunkerque s’arrachaient pour des réparations allant de la voiture, à la moto et de la tondeuse à l’horloge.

J’aimerais qu’il arrête de conduire mais c’est signer sa mort. De toute sa vie de motard et d’automobiliste, il n’a jamais eu d’accident, mais, une fois au volant, je ne sais quel démon l’aiguillonne pour le mettre hors de lui à ce point.

"Connard !" siffle-t-il entre ses dents au conducteur démarrant un peu lentement au feu vert. "Dormiole va !"

"Connasse ! tempête-t-il sans qu’on ait vu venir l’embrouille, t’as eu ton permis dans un paquet de Bonux ?!" Coups de klaxon, approche serrée au cul de la voiture pour paniquer davantage la pauvre jeune-fille qui n’a pas mis son clignotant suffisamment tôt.

Parfois, papa est trop fatigué et autorise maman à conduire. C’est pire. Non pas que Violette conduise mal non, mais la colère de Paulo gronde alors davantage, explose telle un coup de tonnerre, au moindre écart de conduite (écart se limitant à une hésitation par-ci, un ralentissement par-là ) et nous laisse tremblantes et mutiques comme deux petites filles que nous ne sommes plus depuis longtemps.

J’ai trouvé mon papa debout, sur le quai de la gare, m’apercevant le premier à travers la porte vitrée du train, levant le bras en guise de bienvenue. Je ne l’avais pas vu depuis le 31 janvier, jour de ses 80 ans. Ce que c’est que d’habiter loin…

C’était l’interlude du vendredi. 

J’étais en transit à Paris. Entre deux trains, je pris ma pause déjeuner à l’Exki Bibliothèque François Mitterrand.
Je ne sais pas si c’est un signe mais Amélie Nothomb vient de s’installer derrière moi. Je ne peux pas dire que je sois friande de ses écritures. Sans doute parce que je suis snob car, j’ai tout de même lu d’une traite et avec plaisir Stupeur et Tremblements lors de sa sortie. Mais justement, comme je l’ai lu sans effort, j’en ai jugé que c’était facile. Impression renforcée par la régularité de ses livraisons. Si Amélie lâchait  un livre tous les ans, c’était sans doute qu’elle pouvait bâcler. Un peu comme Woody Allen. 
Un signe ? Mais lequel ? Celui d’être adoubée un jour par les gens de lettres ? Mon plus vif désir. Doublé de dilettantisme. J’ai des diplômes attention. Des beaux, avec mention qui attestent de mes lettres. J’ai été publiée (dans les city mag à la mode des années 90), éditée (Père Castor ; Milan ; Albin Michel) durant ma trentaine. Si peu à l’aise dans mes Paraboot (cadeau de maman au prix d’usine que je porte encore vingt ans après), persuadée d’être un imposteur. Pas de féminin pour ce terme me confirme André Jouette.
J’en ai ma claque d’être modeste. Je veux porter des talons hauts à présent.
Mon Dieu, merci Wifi, grâce à toi, je lis sur mon téléphone intelligent qu’elle est née Fabienne-Claire et qu’elle a huit ans de moins que moi ! Ses cheveux sont noirs jais (teints ?), sa peau vert pâle et relâchée. Mes cheveux sont blancs et font ma fierté. Ma peau, couverte de taches de rousseur est bien tendue merci petit Jésus. Son corps disparaît sous de longues loques noires. Le mien fait le malin dans mon vieux 501 assorti d’une chemisette bleu lavande ajustée.
Plus tard, nous avons fureté ensemble à la librairie MK2 Bibliothèque. Une lippe comme si elle allait pleurer, l’oeil écarquillé comme égaré. Elle n’a pas l’air bien gaie en ce mois d’août 2014. Nous avons la même taille… mais pas la même envergure.
Bon, plus tard, j’ai acheté mon ELLE. Passage obligé quand je suis en France. J’y ai lu qu’elle sortait un nouveau titre, Pétronille. Allons bon ! Ma fille et moi venions justement d’évoquer la veille Pétronille et ses 120 petits de Solotareff. Une addiction qui nous a tenu quelques années toutes les deux.
"Apprendre à faire du ski en buvant du champagne. Un roman ivre." écrit la journaliste succinctement. 
Je skie depuis mon plus jeune âge grâce à mes cousins de Grenoble et je ne bois de champagne qu’une ou deux fois l’an. Alors, Amélie Nothomb ? Beigbeder ? J’ai faille craquer pour James Slater pour finalement bifurquer vers le prix Nobel de littérature 2013, Alice Munro. Trop de bonheur.

J’étais en transit à Paris. Entre deux trains, je pris ma pause déjeuner à l’Exki Bibliothèque François Mitterrand.

Je ne sais pas si c’est un signe mais Amélie Nothomb vient de s’installer derrière moi. Je ne peux pas dire que je sois friande de ses écritures. Sans doute parce que je suis snob car, j’ai tout de même lu d’une traite et avec plaisir Stupeur et Tremblements lors de sa sortie. Mais justement, comme je l’ai lu sans effort, j’en ai jugé que c’était facile. Impression renforcée par la régularité de ses livraisons. Si Amélie lâchait  un livre tous les ans, c’était sans doute qu’elle pouvait bâcler. Un peu comme Woody Allen. 

Un signe ? Mais lequel ? Celui d’être adoubée un jour par les gens de lettres ? Mon plus vif désir. Doublé de dilettantisme. J’ai des diplômes attention. Des beaux, avec mention qui attestent de mes lettres. J’ai été publiée (dans les city mag à la mode des années 90), éditée (Père Castor ; Milan ; Albin Michel) durant ma trentaine. Si peu à l’aise dans mes Paraboot (cadeau de maman au prix d’usine que je porte encore vingt ans après), persuadée d’être un imposteur. Pas de féminin pour ce terme me confirme André Jouette.

J’en ai ma claque d’être modeste. Je veux porter des talons hauts à présent.

Mon Dieu, merci Wifi, grâce à toi, je lis sur mon téléphone intelligent qu’elle est née Fabienne-Claire et qu’elle a huit ans de moins que moi ! Ses cheveux sont noirs jais (teints ?), sa peau vert pâle et relâchée. Mes cheveux sont blancs et font ma fierté. Ma peau, couverte de taches de rousseur est bien tendue merci petit Jésus. Son corps disparaît sous de longues loques noires. Le mien fait le malin dans mon vieux 501 assorti d’une chemisette bleu lavande ajustée.

Plus tard, nous avons fureté ensemble à la librairie MK2 Bibliothèque. Une lippe comme si elle allait pleurer, l’oeil écarquillé comme égaré. Elle n’a pas l’air bien gaie en ce mois d’août 2014. Nous avons la même taille… mais pas la même envergure.

Bon, plus tard, j’ai acheté mon ELLE. Passage obligé quand je suis en France. J’y ai lu qu’elle sortait un nouveau titre, Pétronille. Allons bon ! Ma fille et moi venions justement d’évoquer la veille Pétronille et ses 120 petits de Solotareff. Une addiction qui nous a tenu quelques années toutes les deux.

"Apprendre à faire du ski en buvant du champagne. Un roman ivre." écrit la journaliste succinctement. 

Je skie depuis mon plus jeune âge grâce à mes cousins de Grenoble et je ne bois de champagne qu’une ou deux fois l’an. Alors, Amélie Nothomb ? Beigbeder ? J’ai faille craquer pour James Slater pour finalement bifurquer vers le prix Nobel de littérature 2013, Alice Munro. Trop de bonheur.

Première arrivée, dernière partie.
Il est 8h du matin. Je viens de refermer la grille de Trisilio derrière moi. Je monte dans le taxi le cœur un peu triste et nous entamons prudemment la descente du chemin de terre. Un bruit de moteur de mobylette soudain zézaye dans la montagne. C’est Panagiotis venant à notre rencontre. Il fait stopper le chauffeur d’un geste impérieux de la main, met la béquille, fouille dans sa sacoche et en sort un sachet de gâteaux qu’il me tend fièrement. Ils sont en forme de nœud en huit et sont encore chauds. Ils viennent d’être confectionnés par sa mère. Cadeau de retour. Nous nous embrassons sur la joue comme de vieux amis. Je promets de revenir. Dans un an, dans dix ans ? C’est si loin le Péloponnèse.
Dans la salle d’embarquement, une mère et son fils d’une vingtaine d’années se sont assis en face de moi. Je remarque tout de suite quelque chose d’étrange dans le comportement du fils. Il est agité de tics et se contrôle douloureusement. Sa mère tente de le rassurer. Elle chuchote à son oreille, lui sourit de ses yeux bleus limpides et tendres. Son visage a lui est tordu de douleur. Soudain, il se tourne vers moi, gémit, me regarde fixement, longuement, se redresse sur son siège puis s’affaisse comme abattu. Comme il s’est aperçu que je l’observe, il m’implore du regard. L’air de demander si je ne peux pas faire quelque chose, lui éviter de monter dans cet avion je suppose, moi qui ne suis pas si à l’aise non plus dans ces paquebots de l’air…
Pourtant, j’ai dû me décontracter car je n’entends pas, en anglais il est vrai, l’annonce qui nous invite à nous diriger vers les portes d’embarquement. Je prends le temps d’acheter des amandes, une bouteille d’eau. Je fais un dernier pipi, puis me tricote tranquillement une natte sur le côté face au miroir. Lorsque je reviens des toilettes, la salle s’est vidée de moitié. Je m’affole à peine en avisant une procession humaine porte 4. 
– Easy Jet for London ? Je demande à un roux écrevisse en tongs mordant dans un sandwich.
– Gatwick, yes ! répond-il la bouche pleine.
Je me marre intérieurement, encore un peu, je loupais mon avion. 
Je viens de m’asseoir place 14D quand l’hôtesse de l’air annonce un retard d’une heure et demie. “Pourquoi ?” je demande inquiète à ma voisine ayant capté une histoire de conditions atmosphériques. “Some storms around London” répond-elle tout sourire.
Inhale, exhale, me dis-je in petto, essayant d’appliquer mes récentes leçons de yoga pour accueillir cette information comme si de rien était.

Première arrivée, dernière partie.

Il est 8h du matin. Je viens de refermer la grille de Trisilio derrière moi. Je monte dans le taxi le cœur un peu triste et nous entamons prudemment la descente du chemin de terre. Un bruit de moteur de mobylette soudain zézaye dans la montagne. C’est Panagiotis venant à notre rencontre. Il fait stopper le chauffeur d’un geste impérieux de la main, met la béquille, fouille dans sa sacoche et en sort un sachet de gâteaux qu’il me tend fièrement. Ils sont en forme de nœud en huit et sont encore chauds. Ils viennent d’être confectionnés par sa mère. Cadeau de retour. Nous nous embrassons sur la joue comme de vieux amis. Je promets de revenir. Dans un an, dans dix ans ? C’est si loin le Péloponnèse.

Dans la salle d’embarquement, une mère et son fils d’une vingtaine d’années se sont assis en face de moi. Je remarque tout de suite quelque chose d’étrange dans le comportement du fils. Il est agité de tics et se contrôle douloureusement. Sa mère tente de le rassurer. Elle chuchote à son oreille, lui sourit de ses yeux bleus limpides et tendres. Son visage a lui est tordu de douleur. Soudain, il se tourne vers moi, gémit, me regarde fixement, longuement, se redresse sur son siège puis s’affaisse comme abattu. Comme il s’est aperçu que je l’observe, il m’implore du regard. L’air de demander si je ne peux pas faire quelque chose, lui éviter de monter dans cet avion je suppose, moi qui ne suis pas si à l’aise non plus dans ces paquebots de l’air…

Pourtant, j’ai dû me décontracter car je n’entends pas, en anglais il est vrai, l’annonce qui nous invite à nous diriger vers les portes d’embarquement. Je prends le temps d’acheter des amandes, une bouteille d’eau. Je fais un dernier pipi, puis me tricote tranquillement une natte sur le côté face au miroir. Lorsque je reviens des toilettes, la salle s’est vidée de moitié. Je m’affole à peine en avisant une procession humaine porte 4. 

– Easy Jet for London ? Je demande à un roux écrevisse en tongs mordant dans un sandwich.

– Gatwick, yes ! répond-il la bouche pleine.

Je me marre intérieurement, encore un peu, je loupais mon avion. 

Je viens de m’asseoir place 14D quand l’hôtesse de l’air annonce un retard d’une heure et demie. “Pourquoi ?” je demande inquiète à ma voisine ayant capté une histoire de conditions atmosphériques. “Some storms around London” répond-elle tout sourire.

Inhale, exhale, me dis-je in petto, essayant d’appliquer mes récentes leçons de yoga pour accueillir cette information comme si de rien était.

Elles arrivent, sur le coup de midi, sous leurs ombrelles bleu marine. Claudiquant sous le poids de l’âge et de leur postérieur extraordinaire.
Malgré les nœuds de veines gainant leurs lourdes jambes, leurs cuisses en amphore, leurs seins opulents et froissés, leur détermination lente leur confère une grâce évidente. Peaux burinées, cheveux de neige, elles gagnent le banc qui fait face à la mer et se débarrassent de leur robe d’été, assises. Exécutant quelques contorsions incongrues, elles ajustent les bretelles de leur maillot de bain, les élastiques sous les fesses. 
Puis, elles déplient leur chapeau de soleil, s’en couronnent la tête et descendent, lentement, majestueusement l’échelle de fer, tremplin duquel elles se lâchent, confiantes, vers le large, indifférentes aux cris des enfants exécutant leurs sauts et plongeons. Elles s’en vont brasser loin, pour causer à leur aise, réunies en cercle sur cette place d’eau infinie et infiniment bleue, les vieilles dames de Kardamyli.
C’était l’interlude du vendredi.
*Suis à Londres depuis deux semaines. Il fait très beau et les activités ont repris mais j’y pense souvent, sur le coup de midi.

Elles arrivent, sur le coup de midi, sous leurs ombrelles bleu marine. Claudiquant sous le poids de l’âge et de leur postérieur extraordinaire.

Malgré les nœuds de veines gainant leurs lourdes jambes, leurs cuisses en amphore, leurs seins opulents et froissés, leur détermination lente leur confère une grâce évidente. Peaux burinées, cheveux de neige, elles gagnent le banc qui fait face à la mer et se débarrassent de leur robe d’été, assises. Exécutant quelques contorsions incongrues, elles ajustent les bretelles de leur maillot de bain, les élastiques sous les fesses.

Puis, elles déplient leur chapeau de soleil, s’en couronnent la tête et descendent, lentement, majestueusement l’échelle de fer, tremplin duquel elles se lâchent, confiantes, vers le large, indifférentes aux cris des enfants exécutant leurs sauts et plongeons. Elles s’en vont brasser loin, pour causer à leur aise, réunies en cercle sur cette place d’eau infinie et infiniment bleue, les vieilles dames de Kardamyli.

C’était l’interlude du vendredi.

*Suis à Londres depuis deux semaines. Il fait très beau et les activités ont repris mais j’y pense souvent, sur le coup de midi.

Dans la famille Paraskevopoulos, je voudrais le père.
Je n’avais rien demandé mais le soir, le papa de Panagiotis m’a remontée à Trisilio dans sa vieille Toyota bleu nuit. “6 pm! In front of the bank. Is it ok?" avait demandé le fils avant de poursuivre sa route en mobylette. "Perfect!" avais-je crié car il avait finalement allumé le moteur.
Le siège du passager avait été recouvert d’une serviette éponge blanc immaculé.
Le père est en bottes de caoutchouc noires, pantalon de jogging, tee-shirt, tous deux jaunis par le soleil. Il est aussi maigre et petit que le fils est grand et costaud. Ils sont cependant dotés de la même épaisse tignasse blanche. Le père lui, ne parle pas l’anglais ni moi le grec excepté “Efkharisto" dont j’use et abuse pour le remercier de faire le taxi.
La route est toujours en épingles à cheveux et le papa négocie aussi adroitement les virages en montant que son fils et moi les descendions le matin même en roue libre. Il cherche une station de radio qui pourrait nous plaire à tous les deux. Je remarque ses ongles courts et roses, parfaitement soignés, contrastant avec sa tenue de paysan. Le soir, il ramasse les œufs de ses poules, donne à boire aux quatre moutons, inspecte ses oliviers.
Lorsqu’il arrivait dans la montagne, habituellement plus tard, à la fraîche, et que nous étions entrain de dîner ou de bouquiner sur la terrasse, il s’arrêtait net à notre hauteur, dardait son regard noir perçant vers nous et demandait : “Good?”
“Very good!" répondions-nous comme un seul homme. Et il repartait content.

Dans la famille Paraskevopoulos, je voudrais le père.

Je n’avais rien demandé mais le soir, le papa de Panagiotis m’a remontée à Trisilio dans sa vieille Toyota bleu nuit. “6 pm! In front of the bank. Is it ok?" avait demandé le fils avant de poursuivre sa route en mobylette. "Perfect!" avais-je crié car il avait finalement allumé le moteur.

Le siège du passager avait été recouvert d’une serviette éponge blanc immaculé.

Le père est en bottes de caoutchouc noires, pantalon de jogging, tee-shirt, tous deux jaunis par le soleil. Il est aussi maigre et petit que le fils est grand et costaud. Ils sont cependant dotés de la même épaisse tignasse blanche. Le père lui, ne parle pas l’anglais ni moi le grec excepté “Efkharisto" dont j’use et abuse pour le remercier de faire le taxi.

La route est toujours en épingles à cheveux et le papa négocie aussi adroitement les virages en montant que son fils et moi les descendions le matin même en roue libre. Il cherche une station de radio qui pourrait nous plaire à tous les deux. Je remarque ses ongles courts et roses, parfaitement soignés, contrastant avec sa tenue de paysan. Le soir, il ramasse les œufs de ses poules, donne à boire aux quatre moutons, inspecte ses oliviers.

Lorsqu’il arrivait dans la montagne, habituellement plus tard, à la fraîche, et que nous étions entrain de dîner ou de bouquiner sur la terrasse, il s’arrêtait net à notre hauteur, dardait son regard noir perçant vers nous et demandait : “Good?

Very good!" répondions-nous comme un seul homme. Et il repartait content.

– Trust me ! crie Panagiotis pilotant sa vieille pétoire prudemment, I drive slowly !
Je ne sais où m’accrocher et n’ose lui enserrer les hanches de mes cuisses comme je le fais depuis trente ans avec l’homme mystérieux quand nous chevauchons notre destrier des temps modernes, la grosse Béhème.
J’ai trouvé des poignées sous la selle et me tiens les genoux à distance de son fessier. il est tôt le matin, la mer est d’huile, les cigales crissent faiblement, le vent n’est pas encore levé, les virages sont en épingles à cheveux. Une bonne dizaine en pente raide avant d’arriver au village.
Panagiotis a tenu à m’y accompagner. Inconcevable de me laisser faire du stop “You are under my responsability" déclare-t-il alors que l’homme a pris la route vers Patras pour attraper le ferry qui le mènera à Ancone.
Nous fendons l’air dans le silence clair de ce matin d’été à peine troublé par le sifflement doux de notre descente en deux roues.
Mon chauffeur n’a pas mis le moteur. Nous descendons en roue libre.
– It saves gazoil ! crie-t-il.
– Of course ! dis-je. Do you have good brakes ?
Car je préfère savoir comment je vais mourir. Sans casque, sans moteur et sans mon homme mais heureuse, légère. Sans autre joie que de se laisser glisser le long de cette splendide route de montagne qui nous conduit à la mer et nous voici déjà arrivés à Kardamyli.
C’était l’interlude du vendredi. En différé. D’une semaine only…

Trust me ! crie Panagiotis pilotant sa vieille pétoire prudemment, I drive slowly !

Je ne sais où m’accrocher et n’ose lui enserrer les hanches de mes cuisses comme je le fais depuis trente ans avec l’homme mystérieux quand nous chevauchons notre destrier des temps modernes, la grosse Béhème.

J’ai trouvé des poignées sous la selle et me tiens les genoux à distance de son fessier. il est tôt le matin, la mer est d’huile, les cigales crissent faiblement, le vent n’est pas encore levé, les virages sont en épingles à cheveux. Une bonne dizaine en pente raide avant d’arriver au village.

Panagiotis a tenu à m’y accompagner. Inconcevable de me laisser faire du stop “You are under my responsability" déclare-t-il alors que l’homme a pris la route vers Patras pour attraper le ferry qui le mènera à Ancone.

Nous fendons l’air dans le silence clair de ce matin d’été à peine troublé par le sifflement doux de notre descente en deux roues.

Mon chauffeur n’a pas mis le moteur. Nous descendons en roue libre.

It saves gazoil ! crie-t-il.

Of course ! dis-je. Do you have good brakes ?

Car je préfère savoir comment je vais mourir. Sans casque, sans moteur et sans mon homme mais heureuse, légère. Sans autre joie que de se laisser glisser le long de cette splendide route de montagne qui nous conduit à la mer et nous voici déjà arrivés à Kardamyli.

C’était l’interlude du vendredi. En différé. D’une semaine only…

– J’ai changé d’avis sur Cara Delevingne, me dit Zoé au petit-déj’. En fait, elle n’est pas si con que ça. J’ai vu une petite vidéo, prise par elle, où c’est elle qui prend le micro et elle interviewe les journalistes … backstage pendant un défilé. Eh ben, elle était plutôt marrante. Pas mal d’humour, très vive …
– Bonne nouvelle, fais-je étonnée.
"Très vive", je croyais surtout que c’était dû à la coke. Dont je ne doutais pas qu’elle en renifle jusqu’à ses épais et désormais très célèbres sourcils. Eyebrows. J’aime ce mot anglais.
– Moi, j’ai changé d’avis sur Kate Moss, dis-je. Nous avons des conversations matinales fines et lettrées ma fille et moi. Oui, j’ai lu une interview de Sam Shepard et à la question : “Qui inviteriez-vous pour une soirée de rêve ?”, il répond direct Kate Moss.
Air dubitatif de Zou.
– Et à la question : “qu’est-ce qui pourrait améliorer votre qualité de vie ?” il répond : “Kate Moss, peut-être.”
Mou de Zou.
– … Si si !
Et là, je sors ma dernière arme …
– Même qu’elle était pote avec Lucian Freud ! Il lui a tatoué une hirondelle sur le cul !
C’était l’interlude du vendredi.
Pictured : mon cher voisin Tag (John Tagholm, ex broadcaster – education, cooking –, now writer) supporting UNSEENUK (www.unseenuk.org) for his lovely daughter-in-law, Sarah.

– J’ai changé d’avis sur Cara Delevingne, me dit Zoé au petit-déj’. En fait, elle n’est pas si con que ça. J’ai vu une petite vidéo, prise par elle, où c’est elle qui prend le micro et elle interviewe les journalistes … backstage pendant un défilé. Eh ben, elle était plutôt marrante. Pas mal d’humour, très vive …

– Bonne nouvelle, fais-je étonnée.

"Très vive", je croyais surtout que c’était dû à la coke. Dont je ne doutais pas qu’elle en renifle jusqu’à ses épais et désormais très célèbres sourcils. Eyebrows. J’aime ce mot anglais.

– Moi, j’ai changé d’avis sur Kate Moss, dis-je. Nous avons des conversations matinales fines et lettrées ma fille et moi. Oui, j’ai lu une interview de Sam Shepard et à la question : “Qui inviteriez-vous pour une soirée de rêve ?”, il répond direct Kate Moss.

Air dubitatif de Zou.

– Et à la question : “qu’est-ce qui pourrait améliorer votre qualité de vie ?” il répond : “Kate Moss, peut-être.”

Mou de Zou.

– … Si si !

Et là, je sors ma dernière arme …

– Même qu’elle était pote avec Lucian Freud ! Il lui a tatoué une hirondelle sur le cul !

C’était l’interlude du vendredi.

Pictured : mon cher voisin Tag (John Tagholm, ex broadcaster – education, cooking –, now writer) supporting UNSEENUK (www.unseenuk.org) for his lovely daughter-in-law, Sarah.

Vivement les vacances !
Je suis obligée de noter ce que j’ai à faire pour ne rien oublier avant le départ puis je coche.
_ Writing exam. C’est fait. Je dirais même plus et modestement,  un triomphe !
_ Lettre à Peter, cadeau à Peter, lunch avec Peter et les classmates chez “Amici” sur Holloway Road. Moment tendre, joyeux mais tous un peu gênés aux entournures.
_ Re-enrolment à Finsbury Park. A y’est ! À partir de septembre, je rempile. Cette année, j’ai dégrossi, l’an prochain je cisèle.
_ Shooting Barclays. Shooté ! Une journée entière dans une très jolie maison design, à plusieurs niveaux, dans le quartier de Gipsy Hill. Ce que j’aime dans ce nouveau job de “prêter mon corps” c’est qu’il me fait découvrir des endroits dans lesquels je ne serais jamais allée et rencontrer des gens spéciaux. Mais tous les gens sont spéciaux. En revanche, le metteur en scène est Australien, porte sa tignasse blonde en chignon qu’il fait tenir avec une casquette sur laquelle est écrit : “shit, shit, shit” et parle un anglais sibyllin. Je ne le comprenais pas du tout mais je l’ai tenu immédiatement en haute estime car il aime Miles Davis et François Truffaut, en autres.
_Casting pour Specsavers. J’attends la réponse.
_ Litière du chat, faite. Aussitôt dévastée. Je ne sais pas pourquoi Bob éprouve, toujours, un besoin pressant (grosse commission évidemment) sitôt le sable changé. C’est terrible de ne pouvoir poser cet encombrant cat’s watercloset ailleurs que dans notre salle-de-bains. Passons.
_ Trouver du Caro, breuvage lyophilisé infecte (à base d’orge, de seigle et de Chicoré) que l’homme mystérieux prise beaucoup.
J’y vais !
C’était l’interlude du vendredi !

Vivement les vacances !

Je suis obligée de noter ce que j’ai à faire pour ne rien oublier avant le départ puis je coche.

_ Writing exam. C’est fait. Je dirais même plus et modestement,  un triomphe !

_ Lettre à Peter, cadeau à Peter, lunch avec Peter et les classmates chez “Amici” sur Holloway Road. Moment tendre, joyeux mais tous un peu gênés aux entournures.

_ Re-enrolment à Finsbury Park. A y’est ! À partir de septembre, je rempile. Cette année, j’ai dégrossi, l’an prochain je cisèle.

_ Shooting Barclays. Shooté ! Une journée entière dans une très jolie maison design, à plusieurs niveaux, dans le quartier de Gipsy Hill. Ce que j’aime dans ce nouveau job de “prêter mon corps” c’est qu’il me fait découvrir des endroits dans lesquels je ne serais jamais allée et rencontrer des gens spéciaux. Mais tous les gens sont spéciaux. En revanche, le metteur en scène est Australien, porte sa tignasse blonde en chignon qu’il fait tenir avec une casquette sur laquelle est écrit : “shit, shit, shit” et parle un anglais sibyllin. Je ne le comprenais pas du tout mais je l’ai tenu immédiatement en haute estime car il aime Miles Davis et François Truffaut, en autres.

_Casting pour Specsavers. J’attends la réponse.

_ Litière du chat, faite. Aussitôt dévastée. Je ne sais pas pourquoi Bob éprouve, toujours, un besoin pressant (grosse commission évidemment) sitôt le sable changé. C’est terrible de ne pouvoir poser cet encombrant cat’s watercloset ailleurs que dans notre salle-de-bains. Passons.

_ Trouver du Caro, breuvage lyophilisé infecte (à base d’orge, de seigle et de Chicoré) que l’homme mystérieux prise beaucoup.

J’y vais !

C’était l’interlude du vendredi !

Remise des prix !
Comme je l’ai résumé en franglais sur mon compte Instagram : Ex editor in Paris, now model in London, j’ouvre l’œil et raconte sur theglassfactory13.
La semaine dernière, j’ai posé dans un studio branché de Shoreditch pour le photographe Nick Dolding. Un portrait qui appartiendra désormais à l’agence Getty-Images. "Twist of irony" comme disent les Anglais car, dans ma vie d’avant, j’ai choisi et acheté bien des images chez Getty pour la maison d’édition dans laquelle je travaillais. J’appelais mon ami Arnaud pour négocier les prix car je ne sais pas faire et Eve, notre boss volcanique, voulait toujours faire baisser la douloureuse. C’est “normal”, même si ça n’a pas empêché la maison de sombrer hélas.
Poser m’amuse énormément. J’éprouve une attraction formidable pour la caméra, il n’en est pas de même pour le micro. Notre classe a été récompensée pour sa participation lors d’une cérémonie tout ce qu’il y a de plus officiel. Deniz a donc été récompensée pour son poème sur Mandela, qu’elle a lu, avec force, persuasion et calme, on stage*. Lecture suivie d’un tonnerre d’applaudissements et d’une enveloppe contenant quelques quid (£80 ! Not too bad, isn’t it?!). Puis Deniz s’est éclipsée avec son mari, venu pour la circonstance mais enchaînant son deuxième travail quotidien (ouvrier de jour, taxi de nuit)…
Je restais là, contente d’échanger avec Peter venu s’asseoir à mon côté, essayant de comprendre les blagues de Chris (le présentateur), écoutant attentivement les histoires personnelles de chacun des récompensés (d’aucun venu d’Ethiopie, dédiant leur prix à leur mère, morte, d’autre ayant repris le chemin de l’école à 79 ans et obtenu un Master …), entrecoupées de prestations musicales really enjoyable !
Quand soudain merdre, j’entends mon nom, Chris qui me regarde l’air goguenard et Peter qui me pousse du coude et me dis "Go on Sylviane! it’s your turn now, go on on stage, right now!". Je me suis rappelée ma dernière remise des prix. 6 ans, Mairie de Rosendaël, 1er Prix de lecture.
J’ai un peu titubé pour monter les marches, me suis cognée dans Chris, posé pour la photo et baragouiné quelques phrases à l’attention du public mais surtout de Peter. J’ai fait un salut vaguement japonais et terminé avec émotion et sincérité par :”Peter Kennedy, it was a privilege to meet you”.
Les Anglais sont très protocolaires et l’on peut penser que les prix sont ridicules. Ils ne le sont pas. Dans ma vie de 56 ans, j’ai eu quatre  professeurs formidables. Une au collège, un au lycée, deux à l’université. Peter est le cinquième. Il est LE professeur, dans toute l’excellence du mot.
Étant donné que ces cours d’anglais aux étrangers sont menacés (50 licenciements annoncés pour City&Islington College pourtant réputé as outstanding**), je trouve important que l’on célèbre l’Éducation. Grâce à Peter, j’ai pu exprimer relativement diplomatiquement ce midi au serveur qui me demandait comment était ma crêpe, s’étonnant que je n’aie pas fini mon assiette, que c’était un peu trop pour mon petit estomac. Elle était absolument dégueulasse. Et je n’aime pas faire de compliments.
C’était l’interlude du vendredi.
* sur l’estrade ** excellent (traduction pour maman)

Remise des prix !

Comme je l’ai résumé en franglais sur mon compte Instagram : Ex editor in Paris, now model in London, j’ouvre l’œil et raconte sur theglassfactory13.

La semaine dernière, j’ai posé dans un studio branché de Shoreditch pour le photographe Nick Dolding. Un portrait qui appartiendra désormais à l’agence Getty-Images. "Twist of irony" comme disent les Anglais car, dans ma vie d’avant, j’ai choisi et acheté bien des images chez Getty pour la maison d’édition dans laquelle je travaillais. J’appelais mon ami Arnaud pour négocier les prix car je ne sais pas faire et Eve, notre boss volcanique, voulait toujours faire baisser la douloureuse. C’est “normal”, même si ça n’a pas empêché la maison de sombrer hélas.

Poser m’amuse énormément. J’éprouve une attraction formidable pour la caméra, il n’en est pas de même pour le micro. Notre classe a été récompensée pour sa participation lors d’une cérémonie tout ce qu’il y a de plus officiel. Deniz a donc été récompensée pour son poème sur Mandela, qu’elle a lu, avec force, persuasion et calme, on stage*. Lecture suivie d’un tonnerre d’applaudissements et d’une enveloppe contenant quelques quid (£80 ! Not too bad, isn’t it?!). Puis Deniz s’est éclipsée avec son mari, venu pour la circonstance mais enchaînant son deuxième travail quotidien (ouvrier de jour, taxi de nuit)…

Je restais là, contente d’échanger avec Peter venu s’asseoir à mon côté, essayant de comprendre les blagues de Chris (le présentateur), écoutant attentivement les histoires personnelles de chacun des récompensés (d’aucun venu d’Ethiopie, dédiant leur prix à leur mère, morte, d’autre ayant repris le chemin de l’école à 79 ans et obtenu un Master …), entrecoupées de prestations musicales really enjoyable !

Quand soudain merdre, j’entends mon nom, Chris qui me regarde l’air goguenard et Peter qui me pousse du coude et me dis "Go on Sylviane! it’s your turn now, go on on stage, right now!". Je me suis rappelée ma dernière remise des prix. 6 ans, Mairie de Rosendaël, 1er Prix de lecture.

J’ai un peu titubé pour monter les marches, me suis cognée dans Chris, posé pour la photo et baragouiné quelques phrases à l’attention du public mais surtout de Peter. J’ai fait un salut vaguement japonais et terminé avec émotion et sincérité par :”Peter Kennedy, it was a privilege to meet you”.

Les Anglais sont très protocolaires et l’on peut penser que les prix sont ridicules. Ils ne le sont pas. Dans ma vie de 56 ans, j’ai eu quatre  professeurs formidables. Une au collège, un au lycée, deux à l’université. Peter est le cinquième. Il est LE professeur, dans toute l’excellence du mot.

Étant donné que ces cours d’anglais aux étrangers sont menacés (50 licenciements annoncés pour City&Islington College pourtant réputé as outstanding**), je trouve important que l’on célèbre l’Éducation. Grâce à Peter, j’ai pu exprimer relativement diplomatiquement ce midi au serveur qui me demandait comment était ma crêpe, s’étonnant que je n’aie pas fini mon assiette, que c’était un peu trop pour mon petit estomac. Elle était absolument dégueulasse. Et je n’aime pas faire de compliments.

C’était l’interlude du vendredi.

* sur l’estrade ** excellent (traduction pour maman)

Être ou ne pas être anglais

– C’est quoi pour vous être anglais ? a demandé Peter.

– Allez au pub le vendredi soir et boire des bières, a répondu Luali le Cubain en rigolant à moitié.

– Je ne vois pas de différence, a dit Bouchra la Marocaine, on est tous des êtres humains.

Deniz la Turquo-Belge n’avait pas d’idée ou ne voulait pas se prononcer ainsi que Suela l’Albanaise, Mekta l’Italienne, Diana la Colombienne et Maylia la Péruvienne.

– Fair play et amical, ai-je lancé sincère.

Comment puis-je avancer autre chose quand mes voisins anglais m’invitent au moins une fois par semaine à boire le café sur leur terrasse, gardent mon chat quand nous sommes en vacances, nous prêtent leur cottage en Cornouailles, nous font rencontrer leurs amis et leur famille au cours de dîners très chaleureux, décontractés et bien arrosés (mais je ne bois pas) où nous rigolons comme avec nos meilleurs copains.

Comment puis-je dire autre chose quand les caissières et les caissiers de Sainsbury’s, Tesco, Waitrose ou M&S m’appellent Sweet heart, Love, Darling ou Sweety ?

Comment puis-je penser autre chose quand à l’arrêt de bus, chacun respecte son ordre d’arrivée à la file indienne ?

– Arrogant ! a bravé Justina la Lithuanienne. Et puis, ils sont sympas devant vous mais disent du mal dans votre dos !

– Intelligents, a ajouté Jurgita sa cousine en rougissant.

– Fish&Ships, a rigolé Illaria, l’autre Italienne.

J’aurais voulu ajouter scones, clotted cream, lemon curd, short bread, chutney etc mais je voyais bien que Peter n’avait pas vraiment envie de plaisanter. Déjà, quand j’ai entonné “Have you seen de little piggies crawling in the dirt?" des Beatles, il a coupé court.

– Il faut revenir aux valeurs anglaises a annoncé fermement David Cameron le lendemain dans la presse.

La tolérance qui était une de leur valeur a soudain pris le nom de “laisser faire culturel” et ce multiculturalisme (nous sommes plus d’étrangers que de Londoniens à Londres) qui fait pourtant son attrait a selon ses mots échoué. Autrement dit : vous les immigrants (visant principalement les musulmans), faites comme on vous dit, sinon dehors.

Ambiance.

C’était l’interlude du vendredi.